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Ma vie, son blog

Ma vie, son blog

Bonjour, Je m'appelle Victor LADOU. J'ai 33 ans et je mesure 1m88 pour 77 kilos. Et aujourd'hui, vous découvrez mon blog...


La bande dessinée...

Publié par Victor Ladou sur 4 Septembre 2015, 18:14pm

Catégories : #Chroniques contemporaines

Cette histoire m'a été inspirée il y a quelques années par la lecture de "Un zoo en hiver" de Jirô Taniguchi.

Je ne saurai trop vous conseiller de vous plonger dans son œuvre.

Et si vous le pouvez, commencez par "l'Orme du Caucase".

Vous n'en serez pas déçus...

L’autre jour, en sortant du travail pendant ma pause déjeuner, je décidai de profiter du beau temps automnal pour aller manger dans le parc. J’avais besoin de faire un break car j’étais sur des dossiers qui nécessitaient toute mon attention.

Je me suis assis sur banc sur lequel trainaient quelques papiers. Je les attrapais alors non sans énervement. « Les gens sont vraiment sans gêne » pensais je. Ils laissent tout trainer et ne jettent rien.

Me dirigeant alors vers la poubelle, je me préparai à les y déposer quand je me rendis compte qu’il s’agissait d’une bande dessinée. Pas d’une grande qualité artistique comme un LeDroit ou un Bec.

Intrigué, je suis retourné m’asseoir, la BD en main et je me suis mis à lire.

Le scénario était tout ce qu’il y avait de plus classique. Enfantin même.

Elle racontait l’histoire d’un jeune chevalier qui luttait dans un combat sans fin contre une horde de monstres, dont un dragon qui terrorisait les habitants d’une contrée et la mettait à feu et à sang.

Le chevalier finissait par vaincre le dragon. C’est alors qu’un monstre de l’espace faisait son apparition. L’histoire se terminait sur ce cliffhanger.

Il y avait quelque chose de touchant dans cette bande dessinée. Une certaine candeur, une innocence dans le dessin et le scénario qui me laissèrent une impression indéfinissable, un mélange étrange et confus de joie et de désespoir.

Je rentrai à mon bureau et passai la journée plongé dans des dossiers plus complexes les uns que les autres, mais le cœur plus léger. Le lendemain matin fut identique et je sortis manger dans le parc. Je m’assis sur le même banc et y trouvai à nouveau une bande dessinée.

Heureusement pour moi, il s’agissait de la suite de celle de la veille. Cette fois-ci, le jeune héros se battait contre le monstre de l’espace dans un vaisseau spatial. Après un âpre combat, il finissait par vaincre le monstre de l’espace mais, alors qu’il allait enfin profiter d’un repos bien mérité, un horrible géant venait le défier.

Et tout comme la veille, l’histoire se finissait sur ce nouveau combat qui se préparait.

Il en fut ainsi pendant les trois semaines qui suivirent. A midi, j’allai manger dans le parc et j’y trouvai toujours une bande dessinée posée sur le banc.

Toujours le même auteur. Toujours le même type d’histoire. Toujours ce jeune héros qui luttait contre des monstres et, qui une fois terrassés, étaient remplacés par un monstre plus méchant et féroce que le précédent.

Mais au fur et à mesure que les combats se faisaient plus violents et plus durs, plus la qualité du dessin déclinait et, par endroit le trait était grossier et irrégulier, il tremblait même légèrement.

Et plus, les jours passaient, plus s’installait un sentiment de peur et d’inquiétude. Un étrange malaise qui gagnait en puissance. Je ressentais une sensation désagréable. Un sentiment oppressant s’emparait de moi, comme une urgence à finir le plus rapidement possible. J’avais plusieurs gros dossiers qu’il me fallait clore au plus vite.

J’attendais chaque jour la pause déjeuner avec impatience. Elle était un excellent moyen de m’oxygéner et d’oublier un peu mon travail dont la pression n’allait pas en s’allégeant au fur et à mesure que l’échéance approchait.

La dernière histoire que je trouvai était quelque peu différente des autres. Le héros était sur le point de perdre son combat contre le monstre de l’espace qui était revenu beaucoup plus fort.

Le lendemain, je ne pus me rendre dans le parc. Je dus rester au travail pendant la pause déjeuner afin de clore les derniers dossiers qui me restaient. Et cela dura toute une semaine.

Mais ça y était, j’avais enfin fini. Je quittai alors le bureau fébrile afin de retrouver celle dont la présence m’avait manqué pendant près d’une semaine, espérant sans trop y croire trouver la suite de l’histoire et enfin savoir si le héros s’en sortait.

Il n’y avait rien sur le banc. Je cherchai un peu partout mais ne trouvai rien. Je fis deux fois le tour du parc avant de revenir m’asseoir bredouille et dépité sur le banc. Je recommençai ainsi pendant toute la semaine mais rien.

Plus aucune trace de la bande dessinée.

Puis l’hiver arriva et je me replongeai ardemment dans le travail et les dossiers toujours plus urgents et toujours plus complexes. Je repris alors mes vieilles habitudes. Je retrouvai ma vie d’avant. Le stress, la pression, l’urgence.

Un beau jour, un rayon de soleil fit son apparition sur le dossier que je traitais et une irrésistible envie de respirer me prit soudain et je décidai alors d’aller manger dans le parc.

Je voulus m’asseoir sur le banc mais une personne s’y trouvait déjà. Je lui demandai alors si je pouvais m’installer à ses côtés et elle acquiesça sans vraiment me voir.

En sortant mon sandwich, je me remémorai les planches de BD que j’avais complètement oubliées et les ressorties de mon sac afin de me replonger une nouvelle fois dans cet univers enfantin fantastique, tragique et terriblement réaliste.

La personne assise à côté de moi commença alors à s’agiter et me demanda d’une voix glaciale où j’avais trouvé ces planches.

Je la dévisageai alors et me rendis compte qu’il s’agissait d’une jeune femme d’environ 35 ans, belle, brune, mais entourée d’une aura de tristesse.

Pour une raison incompréhensible, elle me rappelait l’un des personnages de la BD. Il s’agissait d’un personnage totalement secondaire qui aidait toujours le héros, le soignait, le réconfortait et le soutenait durant ses combats frénétiques et acharnés.

Je me mis alors lui raconter toute l’histoire depuis le début, et cet étrange sentiment que j’avais éprouvé en lisant cette histoire. Elle semblait se radoucir au fur et à mesure que j’avançais dans mon récit. A la fin, elle fondit en larmes.

J’allai partir, presque étranger à son chagrin mais elle me retint par la main. Je me rassis donc et la fixai d’un regard interrogateur dans l’attente qu’elle me livrat son histoire que je devinai étroitement liée à la mienne.

La bande dessinée avait été écrite par son fils qui était atteint d’une leucémie. Il aimait à dessiner dans le parc le matin, juste avant sa séance de chimiothérapie. Un jour, il avait oublié l’une de ses histoires sur le banc. Alors sa mère était allée les chercher mais ne les avait pas retrouvées.

Depuis, le petit garçon abandonnait toujours ses dessins en disant que c’était un ange qui, passant par là et que voyant ses histoires, les avait apportées directement à Dieu qui, en voyant tant de courage, ne pouvait que le guérir.

Il était alors en phase de rémission, et cette histoire d’ange semblait le réconforter.

Mais un jour, le cancer revint et il eut beau lutter, le cancer était en train de l’emporter. Ses histoires devinrent alors plus noires et violentes et, même si par moments il souffrait tellement qu’il avait du mal à tenir son crayon, il continuait courageusement à dessiner.

Puis un jour, il dit que l’ange l’avait abandonné et il cessa dès lors de lutter.

Il était malgré tout resté courageux jusqu’au bout et avait disparu au début de l’hiver, non sans avoir laissé une ultime planche que sa mère me tendit en me remerciant pour l’espoir que je leur avais apporté.

Je la lus fébrilement. Le héros était terrassé par tous les monstres qu’il avait vaillamment combattu mais s’en allait heureux car son ami l’ange l’amenait dans un paradis éternel où la souffrance était bannie.

Je me mis alors à pleurer car, à travers les dessins enfantins et la souffrance causée par la maladie, j’avais reconnu le visage de l’ange.

C’était le mien.

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